24/06/08

Changement,capacités et compétences

Le renforcement des capacités constitue le plus souvent l'un des remèdes miracle que préconisent les divers consultants, nationaux ou internationaux, aux pays en voie de développement (PVD), dans le cadre de projets ayant comme objectif l'amélioration du système de sécurité sanitaire des aliments du pays concerné. Renforcer les capacités dans les PVD, revient souvent, et concrétement, à s'initier à déchiffrer tout d'abord la complexité (organisationnelle, fonctionnelle, relationnelle, opérationnelle) du (des) système(s) mis en place. Il impose ensuite d'évaluer le fonctionnement du système par rapport aux divers facteurs et contraintes et juger de son efficacité par rapport aux objectifs poursuivis, dans l'environnement socioéconomique du pays concerné, avant de proposer les axes d'amélioration.

Si le diagnostic et l'analyse de la situation peuvent s'avérer pertinents, les résultats escomptés et l'efficacité attendue, une fois les plans d'action programmés dans le cadre de projets de réforme ou d'amélioration du système achevés, ne sont pas souvent au rendez vous. Peu de temps après les actions entreprises pour amorcer le changement, les différents éléments du système reviennent à leur situation antérieure avec, en prime, le sentiment, chez tous ceux qui ont eu le privilège de participer, d'une manière ou d'une autre, à la concrétisation des diverses actions, du gâchis engendré par la grande stabilité des systèmes en place et de leur étanchéité au changement.

Si le maillon faible de la chaîne détermine la force de l'ensemble, on peut aussi estimer que l'efficacité du système est sous l'influence directe des diverses compétences (personnes possédant les connaissances et l'expérience nécessaires) qui s'y activent et, en particulier, il est dépendant des plus faibles d'entre elles. En effet, lorsque des actions sont programmées, leur mise en oeuvre, à l'échelle de tout un pays, nécessite que les mêmes informations, les mêmes données, les objectifs, l'impact, les retombées ou les résultats attendus soient compris de la même manière par toutes les personnes concernées tout le long de la chaîne de décision. Ce n'est pas toujours le cas dans les situations normales et réelles. Les scénarios concoctés au niveau des directions générales ou centrales pêchent souvent par leur manque de réalisme en essayant d'apporter des solutions virtuelles (dans le sens de non applicables pour diverses raisons) à des problèmes réels.

L'éloignement du terrain ou le manque d'expérience du terrain peut, effectivement, amoindrir la visibilité de certains décideurs et les rendre prisonniers d'un canevas de réflexion stéréotypé qui peut générer des actions inefficaces sur le terrain. Comme les meilleures compétences (diplôme et grade à l'appui) sont, en général, concentrées au centre et disposent de plus de chances de bénificier de formations ou de stages, paradoxalement, l'expérience du terrain se retrouve souvent du côté des compétences (de moindre importance) de la périphérie, qui, de ce fait, connaissent mieux l'adaptabilité des décisions du centre à leur environnement (comme le poisson dans l'eau) et peuvent ainsi moduler leur application selon les intérêts du moment. Le choix, facile, de copier des recettes expérimentées ailleurs et de les greffer sur un environnement non réceptif aboutit également au même résultat.

L'étanchéité du système au changement peut venir également de son étanchéité au partage de l'information, du centre vers la périphérie ou l'inverse, sauf pour les décisions à exécuter ou, le cas échéant, les rapports d'activité. Comme l'information diffuse et circule via d'autres circuits que les moyens officiels, le différentiel d'information (ou le gap d'information selon le cas) peut souvent générer des situations de méfiance, de rejet, de doute, de défiance, de démobilisation ou autre, surtout lorsque l'information véhiculée fait état d'occasions (stages, voyage à l'étranger) ou d'avantages (formations, frais, prestations sociales) octroyés au centre (on n'est mieux servi que par soi même) et non à la périphérie.

Dans certains cas extrêmes, certains décideurs (au centre comme en périphérie) se confondent avec leur fonction et ne font plus de différence entre leur intérêt propre et les objectifs du système. Ils deviennent alors des personnes incontournables et font de la rétention de l'information l'un des leviers de contrôle de la situation en leur faveur, alimentant davantage tous les types de ressentiments et de non-dits du système. En outre, l'absence ou l'inefficacité de l'évaluation des composantes du système ou de ses diverses compétences (l'impunité devient la régle) participe à le rendre plus étanche encore au changement. Le principe des rendements décroissants (plus on croît en grade, moins on devient efficace) pousse les meilleures compétences d'une période donnée à s'éloigner petit à petit des vrais problèmes pour gérer la bureaucratie (personne n'est responsable ou tous sont responsables) et ce d'autant que l'information informelle prend le pas sur le vrai partage de l'information.


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09/06/08

Systèmes d'information et sécurité sanitaire des aliments

L'importance des données produites ou recueillies (évaluation des risques, données de surveillance ou de contrôle, consommation, ...) ou mises à la disposition de ceux qui en ont besoin (public en général, professionnels, parties intéressées pour ce qui est p.e des retraits du marché, des alertes ou des procédures), est un élément majeur à prendre en considération dans le cadre de la gestion des risques alimentaires. Qu'il s'agisse des référentiels réglementaires ou normatifs, des résultats de contrôle ou de surveillance, d'analyse ou d'inspection, d'alertes, d'avis ou d'informations de toutes sortes à fournir aux professionnels, aux institutionnels ou aux consommateurs, le système de sécurité sanitaire des aliments devrait pouvoir recueillir toutes les données pertinentes disponibles à son niveau ou celles produites ailleurs et le concernant directement ou indirectement, les traiter, les analyser, les conserver, les mettre à jour, et les diffuser en toute transparence. La pertinence des données et la forme sous laquelle les informations sont diffusées sont en relation étroite avec la confiance que les diverses parties prenantes peuvent accorder au système de gestion des risques mis en place.

A titre d'illustration, les exemples des sites suivants sont révélateurs, tant par leur teneur que par le type d'information diffusé, de l'importance accordée à ce sujet à l'intérieur des frontières nationales comme vis à vis de l'extérieur par souci de transparence et d'information la plus large possible. Par ailleurs des systèmes internes aux pays (intranet) permettent aux différentes parties prenantes de partager, en interne, un ensemble de données, scientifiques, techniques, toxicologiques, épidémiologiques, opérationnelles ou autres pour assurer la cohérence, la prise en compte des différents paramètres et facteurs et, par conséquent, la consolidation des systèmes de sécurité sanitaire des aliments en place:

Des réseaux plus spécifiques permettent d'aborder des questions et des aspects particuliers de la sécurité sanitaire des aliments en mettant à la disposition des professionnels, des consommateurs, des autorités de régulation ou d'autres parties, des informations et des données scientifiques, techniques ou autres. c'est le cas p.e du réseau sur les mycotoxines.



D'un autre côté, il faut user de patience, de persévérance et même de réseaux relationnels pour naviguer efficacement à travers les méandres de la bureaucratie et pouvoir ainsi disposer d'informations, quelques fois anodines, des différents éléments du système de gestion des risques alimentaires au niveau des pays en voie de développement. Les informations et les données ne sont généralement pas publiées, sont souvent dispersées entre différents intervenants, cloisonnées aux différents échelons, non archivées correctement ou non mises à jour régulièrement. La rétention de l'information et sa détention sont toujours considérées comme un attribut de l'autorité (personnelle, catégorielle ou professionnelle) alors que c'est la circulation de l'information qui dynamise les systèmes. Dans certains cas, il est plus facile de trouver l'information recherchée à l'extérieur du pays qu'en s'adressant aux structures concernées dans le pays même.



Au Maroc, hormis les sites de certaines administrations qui permettent un accès assez facile à l'information (textes réglementaires, procédures, données d'activité, ...), les ressources à la disposition du public en général, des professionnels, des chercheurs ou des opérateurs étrangers (rapports, synthèses, analyses, enquêtes, alertes) sont rares et méconnues. Aucun réseau reliant les diverses parties prenantes au système de la sécurité sanitaire des aliments n'est mis encore en place (bien que des relations entre personnes ou entre structures existent et des projets spécifiques avec des bailleurs de fonds étrangers ont été initiés pour remédier à cette lacune) et les données sont dispersées entre ces différents niveaux. Des travaux de fin d'études ou des thèses intéressantes sont souvent menées au sein des instituts spécialisés ou de l'université mais restent confinées à ces établissements ou à un public restreint. L'effort pour rassembler ces ressources, les étudier, les analyser, exploiter leurs données ou s'appyuer sur certains des résultats trouvés pour mieux maîtriser les aspects abordés, n'est pas fait pour le moment.



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