ONSSA: La solution, le solvant et le soluté
La création de l'ONSSA (Office National de la Sécurité Sanitaire des produits Alimentaires) par le regroupement de toutes les structures (à l'exception toutefois de l'EACCE et du LOARC) en charge du contrôle de la qualité et de la sécurité sanitaire des aliments dépendant directement ou sous tutelle du ministère chargé de l'agriculture, constitue une avancée importante dans le système national de sécurité sanitaire des aliments. Cette initiative répond, dans une large mesure, à un besoin exprimé à de multiples reprises et à l'occasion de divers évènements et apporte des solutions à plusieurs préoccupations aussi bien des autorités publiques, des opérateurs économiques que des représentants des consommateurs. Des efforts considérables ont été consentis, à différents stades et à différents niveaux de responsabilité pour explorer toutes les voies et concevoir et mettre en place un système qui permette de sauvegarder l'intérêt national dans ce domaine et permettre au pays de faire un saut qualitatif en parallèle avec les améliorations enregistrées dans d'autres domaines politiques, économiques ou sociaux.
La création de l'ONSSA étant formalisée et en cours de mise en oeuvre (le décret d'application de la loi portant création de l'office vient d'être publié-Décret 2-09-482 du 23 novembre 2009-), le changement initié ne devrait pas être un retour en arrière mais l'occasion de rapprocher le système national de sécurité sanitaire des aliments des meilleurs systèmes qui existent à l'échelle internationale. En effet, le Maroc ne manque ni de compétences ni de projets fédérateurs et encore moins de volonté de bien faire. Les problématiques à appréhender sont également assez nombreuses et les défis à relever nécessitent une vision claire, une implication à tous les niveaux et surtout une mise à niveau compatible avec la nouvelle image que le Maroc devrait diffuser en interne et à l'extérieur en matière de maîtrise de tous les aspects en rapport avec les missions de l'ONSSA. Le statut privilégié avec l'Union Européenne ainsi que les divers accords de libre échange signés ou projetés constituent pour le Maroc un motif de mobilisation à tous les niveaux pour faire en sorte que l'économie nationale soit assainie en interne et compétitive vis à vis de ses principaux concurrents. Le consommateur marocain est en droit également de disposer d'un système national de contrôle qui lui inspire confiance par sa transparence, sa communication active et son efficacité.
Sur un plan organisationnel, le changement est souvent synonyme de déstabilisation des situations acquises et pourrait déboucher sur des impasses lorsque, en particulier, les ressources humaines ne sont pas impliquées lors des différentes phases en terme de vision, de planification et de mise en oeuvre de la nouvelle structure. Un effort de communication est souvent nécessaire, au niveau central et à l'échelon des services décentralisés, pour faire en sorte que l'entrée en fonction de la nouvelle structure se fasse dans des conditions et selon des termes clairs, transparents et mobilisateurs. La gestion des divers métiers (inspecteurs et techniciens vétérinaires, ingénieurs et techniciens de la répression des fraudes, ingénieurs et techniciens de la protection des végétaux, administrateurs et autres fonctionnaires...) qui composeront la nouvelle structure est un défi en soi dans la mesure où chaque partie a une culture professionnelle propre, des méthodes de travail et des approches spécifiques et une manière de voir différente. Le passage à une identité commune (identité visuelle mais également sentiment d'appartenence à un même système possédant des attributs propres et une culture différenciée) nécessite du temps certes mais surtout un management du changement efficace sur la base de termes de références clairs. Autrement, au lieu d'aller vers une solution homogène où solvant et soluté sont intégrés l'un à l'autre (les ressources humaines de l'ONSSA s'identifient à leur institution et oeuvrent dans le sens des missions et des objectifs assignés), le résultat sera la superposition de plusieurs phases non miscibles (les ressources humaines de l'ONSSA se rattachent chacune à sa structure d'origine et reproduisent les mêmes réflexes et clivages hérités).

