Thé à la menthe ou ... thé au Fenvalérate?
Parmi les risques auxquels les consommateurs peuvent être exposés dans la plupart des pays à travers le monde, ceux en relation avec l'utilisation des pesticides pour le traitement du sol ou des cultures en particulier. Ces risques peuvent s'avérer préoccupants pour la santé des consommateurs lorsque, à la base, au niveau des champs, les agriculteurs ne respectent pas (pour diverses raisons) les conditions d'une utilisation appropriée des pesticides. Les incertitudes sont encore plus grandes eu égard à la diversité des situations de risque à travers les échanges des produits agricoles dans les circuits du commerce international. De fait, des résidus de pesticides peuvent se retrouver sur ou dans les produits agricoles, produits localement ou importés, destinés à la consommation humaine.
Les niveaux de résidus contenus dans les produits suite aux traitements phytosanitaires peuvent porter préjudice à la santé des consommateurs lorsque les LMR (limites maximales de résidus) pour le couple produit agricole/pesticide ne sont pas respectées. Le respect de bonnes pratiques agricoles (BPA) constitue l'élément principal de maîtrise du risque lorsque le choix des produits (pesticide et produit agricole à traiter), les conditions d'utilisation (dose d'utilisation du pesticide, moment et mode du traitement, délais avant récolte, ..) sont déterminés sur la base de données scientifiques et opérationnelles pertinentes lors de la phase de l'homologation des pesticides par les autorités publiques concernées. Or, beaucoup de pays, en particulier en développement, même ceux disposant de procédures d'homologation, sont confrontés actuellement à la problématique des résidus des pesticides en relation avec les exigences des pays importateurs destinataires de leurs produits agricoles. Les principaux marchés de consommation se trouvent dans les pays développés et ces derniers imposent des exigences de plus en plus restrictives en termes de présence de résidus de pesticides, de contaminants ou d'autres éléments susceptibles de constituer un danger pour la santé des consommateurs de ces pays. Lorsque des rejets de lots non conformes sont décidés par ces pays, il n'est pas rare que les mêmes lots puissent changer de destination et exportés vers des pays moins restrictifs (en terme de réglementation) ou moins outillés (en compétences humaines et matérieles).
D'un autre côté, un pays comme le Maroc qui est le principal importateur de thé vert dans le monde (35000 tonnes en 2000 et 57000 tonnes prévues en 2010 selon les estimations de la FAO) ne semble pas, pour le moment, disposer d'une approche concréte en terme d'analyse du risque relatif à la présence de résidus de pesticides dans le thé importé. L'enquête sur la consommation des ménages menée en 2001 montre par ailleurs que chaque marocain consomme en moyenne 1.76 Kg de thé (vert) par an et dans la réalité, la boisson thé est une boisson nationale et constitue un élément de la culture locale (thé à la menthe). En outre, les données receuillies à partir du système d'alerte rapide européen (RASFF) permettent de constater que le thé vert provenant notamment de Chine peut contenir des niveaux de résidus de pesticides (dont le fenvalérate: 0.4 microgramme/Kg à 1 mg/Kg) et de métaux lourds (dont le plomb: 2.5 mg/Kg à 5.8 mg/Kg). De fait, en considérant que les produits agricoles destinés aux marchés des pays développés sont souvent soumis au niveau des pays exportateurs à un ensemble de mesures pour ne pas faire l'objet de refus ou de rejet aux frontières, on peut se poser la question de savoir quelle est la qualité, du point de vue LMR, des produits qui sont destinés aux pays ne disposant pas d'un système de sécurité sanitaire performant pour cet aspect de la protection de la santé des consommateurs.
Ces deux éléments devraient constituer, à mon sens, un départ pour une réflexion approfondie de la problématique des résidus des pesticides au Maroc eu égard à l'impact sur la santé du consommateur national par rapport à un produit phare de la consommation (le thé vert). En effet, les résidus de pesticides ne concerneraient pas que le thé vert importé, mais également la menthe exportée (et donc la menthe utilisée localement) puisque des lots de ce produit sont régulièrement signalés par le RASFF comme contenant des résidus de diméthoate, d'endosulfan, de chlorpyriphos, de cypermethrine ou d'autres pesticides. C'est dire l'impact sur le plan santé publique, et le risque possible à moyen ou long terme, de l'occurence d'effets cumulés ou synérgisants des résidus de pesticides qui seraient contenus dans le thé importé et dans la menthe produite localement. Aucune étude globale n'a été faite jusqu'à présent pour connaître la situation exacte par rapport à ces aspects et évaluer l'ingestion de pesticides par le consommateur à travers son verre de thé à la menthe.
Le Maroc devrait mener, dans cette perspective, des programmes annuels ou pluriannuels de surveillance des résidus de pesticides dans les produits agricoles et alimentaires afin de disposer de données pertinentes à ce sujet et pouvoir concevoir des politiques cohérentes dans le domaine. Il devrait également s'imposer comme partie prenante principale dans les divers lieux de rencontre ou de décision où sont discutées les LMR des pesticides concernant le thé vert (en tant que principal importateur) pour qu'il soit tenu compte de ses exigences en matière de protection de la santé de ses consommateurs. Des audits pourraient, par exemple, être effectués par les autorités officielles compétentes en Chine même pour se rendre compte sur place du respect des BPA et déterminer les éléments et les priorités d'étude, de contrôle ou de surveillance à prendre en compte. Des efforts sont bien consentis pour rendre conformes les produits agricoles (agrumes, produits maraîchers, ..) destinés à l'exportation (et donc pour protéger la santé des consommateurs des pays importateurs).
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