14/10/09

Thé à la menthe ou ... thé au Fenvalérate?

Parmi les risques auxquels les consommateurs peuvent être exposés dans la plupart des pays à travers le monde, ceux en relation avec l'utilisation des pesticides pour le traitement du sol ou des cultures en particulier. Ces risques peuvent s'avérer préoccupants pour la santé des consommateurs lorsque, à la base, au niveau des champs, les agriculteurs ne respectent pas (pour diverses raisons) les conditions d'une utilisation appropriée des pesticides. Les incertitudes sont encore plus grandes eu égard à la diversité des situations de risque à travers les échanges des produits agricoles dans les circuits du commerce international. De fait, des résidus de pesticides peuvent se retrouver sur ou dans les produits agricoles, produits localement ou importés, destinés à la consommation humaine.

Les niveaux de résidus contenus dans les produits suite aux traitements phytosanitaires peuvent porter préjudice à la santé des consommateurs lorsque les LMR (limites maximales de résidus) pour le couple produit agricole/pesticide ne sont pas respectées. Le respect de bonnes pratiques agricoles (BPA) constitue l'élément principal de maîtrise du risque lorsque le choix des produits (pesticide et produit agricole à traiter), les conditions d'utilisation (dose d'utilisation du pesticide, moment et mode du traitement, délais avant récolte, ..) sont déterminés sur la base de données scientifiques et opérationnelles pertinentes lors de la phase de l'homologation des pesticides par les autorités publiques concernées. Or, beaucoup de pays, en particulier en développement, même ceux disposant de procédures d'homologation, sont confrontés actuellement à la problématique des résidus des pesticides en relation avec les exigences des pays importateurs destinataires de leurs produits agricoles. Les principaux marchés de consommation se trouvent dans les pays développés et ces derniers imposent des exigences de plus en plus restrictives en termes de présence de résidus de pesticides, de contaminants ou d'autres éléments susceptibles de constituer un danger pour la santé des consommateurs de ces pays. Lorsque des rejets de lots non conformes sont décidés par ces pays, il n'est pas rare que les mêmes lots puissent changer de destination et exportés vers des pays moins restrictifs (en terme de réglementation) ou moins outillés (en compétences humaines et matérieles).

D'un autre côté, un pays comme le Maroc qui est le principal importateur de thé vert dans le monde (35000 tonnes en 2000 et 57000 tonnes prévues en 2010 selon les estimations de la FAO) ne semble pas, pour le moment, disposer d'une approche concréte en terme d'analyse du risque relatif à la présence de résidus de pesticides dans le thé importé. L'enquête sur la consommation des ménages menée en 2001 montre par ailleurs que chaque marocain consomme en moyenne 1.76 Kg de thé (vert) par an et dans la réalité, la boisson thé est une boisson nationale et constitue un élément de la culture locale (thé à la menthe). En outre, les données receuillies à partir du système d'alerte rapide européen (RASFF) permettent de constater que le thé vert provenant notamment de Chine peut contenir des niveaux de résidus de pesticides (dont le fenvalérate: 0.4 microgramme/Kg à 1 mg/Kg) et de métaux lourds (dont le plomb: 2.5 mg/Kg à 5.8 mg/Kg). De fait, en considérant que les produits agricoles destinés aux marchés des pays développés sont souvent soumis au niveau des pays exportateurs à un ensemble de mesures pour ne pas faire l'objet de refus ou de rejet aux frontières, on peut se poser la question de savoir quelle est la qualité, du point de vue LMR, des produits qui sont destinés aux pays ne disposant pas d'un système de sécurité sanitaire performant pour cet aspect de la protection de la santé des consommateurs.

Ces deux éléments devraient constituer, à mon sens, un départ pour une réflexion approfondie de la problématique des résidus des pesticides au Maroc eu égard à l'impact sur la santé du consommateur national par rapport à un produit phare de la consommation (le thé vert). En effet, les résidus de pesticides ne concerneraient pas que le thé vert importé, mais également la menthe exportée (et donc la menthe utilisée localement) puisque des lots de ce produit sont régulièrement signalés par le RASFF comme contenant des résidus de diméthoate, d'endosulfan, de chlorpyriphos, de cypermethrine ou d'autres pesticides. C'est dire l'impact sur le plan santé publique, et le risque possible à moyen ou long terme, de l'occurence d'effets cumulés ou synérgisants des résidus de pesticides qui seraient contenus dans le thé importé et dans la menthe produite localement. Aucune étude globale n'a été faite jusqu'à présent pour connaître la situation exacte par rapport à ces aspects et évaluer l'ingestion de pesticides par le consommateur à travers son verre de thé à la menthe.

Le Maroc devrait mener, dans cette perspective, des programmes annuels ou pluriannuels de surveillance des résidus de pesticides dans les produits agricoles et alimentaires afin de disposer de données pertinentes à ce sujet et pouvoir concevoir des politiques cohérentes dans le domaine. Il devrait également s'imposer comme partie prenante principale dans les divers lieux de rencontre ou de décision où sont discutées les LMR des pesticides concernant le thé vert (en tant que principal importateur) pour qu'il soit tenu compte de ses exigences en matière de protection de la santé de ses consommateurs. Des audits pourraient, par exemple, être effectués par les autorités officielles compétentes en Chine même pour se rendre compte sur place du respect des BPA et déterminer les éléments et les priorités d'étude, de contrôle ou de surveillance à prendre en compte. Des efforts sont bien consentis pour rendre conformes les produits agricoles (agrumes, produits maraîchers, ..) destinés à l'exportation (et donc pour protéger la santé des consommateurs des pays importateurs).





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24/09/09

Sécurité sanitaire des aliments et chaîne alimentaire

La protection de la santé des consommateurs ne peut être réellement assurée que dans le cadre d'un système cohérent qui prend en compte l'intégralité de la chaîne alimentaire pour la maîtrise des différents risques auxquels sont exposés les consommateurs. L 'expérience a montré que le seul contrôle des produits finis en fin de chaîne ne permet pas d'atteindre les objectifs requis en termes de protection de la santé des consommateurs et de la loyauté des transactions commerciales. Plus que cela, en focalisant leurs efforts à ce niveau, les pouvoirs publics:

  • exonèrent en quelque sorte les professionnels des secteurs concernés du devoir et de la responsabilité de ne mettre sur le marché que des produits et denrées alimentaires conformes aux régles et critères de qualité et de sécurité sanitaire appropriés (la formule: nos produits sont contrôlés par les services officiels devient un argument utilisé pour se couvrir en cas de problème) ;

  • ne facilitent pas l'identification des différents responsables puisque l'aval se décharge sur l'amont et vice versa;

  • ne peuvent maîtriser l'ensemble des produits écoulés sur le marché à tous les niveaux des circuits de commercialisation et de distribution;

  • ne peuvent assurer que des produits à risque puissent circuler dans le marché en considération des moyens et des ressources disponibles tout d'abord, mais également eu égard à la complexité et à la multiplicité des environnements à contrôler

La chaîne alimentaire peut être considérée selon ses trois principaux niveaux: la production, la transformation et la distribution:

  1. la production: Ce niveau peut constituer la principale source des risques pour la santé du consommateur dans la mesure où les produits agricoles, végétaux, animaux ou halieutiques, sont récoltés, manipulés, traités ou transportés dans des conditions qui pourraient constituer le départ pour une contamination dont le développement par la suite pourrait impliquer un impact négatif pour la santé des consommateurs. Les risques à ce niveau peuvent s'avérer importants en considération des conditions environnementales des produits récoltés, pêchés, élevés ou cueillis (contaminations des sols, des eaux ou des matériaux en surface ou en profondeur, accumulation de contaminants minéraux, organiques ou radioactifs, transfert par les différents circuits de l'eau des contaminations d'un point à un autre, ...). La dimension du risque pourrait s'amplifier également eu égard au niveau de sensibilisation et d'éducation de la plupart des intervenants (agriculteurs, éleveurs, pêcheurs) à ce niveau.
  2. la transformation: Une matière première de qualité médiocre dès le départ ne pourrait donner comme produit fini qu'un produit de qualité médiocre. En outre, des risques, en particulier au niveau commercial, pourraient accompagner le processus de transformation en termes de réduction de la durée de vie du produit fini que le transformateur essaie de rétablir en usant de moyens alternatifs (additifs, modification des conditions de traitement de la matière première, traitement des retours de produits finis, recyclage des retours...) et finalement de surcoût pour l'entreprise. Une logique de cercle vicieux s'installe et s'amplifie jusqu'à devenir une orientation pour l'entreprise en particulier lorsque la vision et les compétences humaines font défaut. C'est le cas également lorsque l'entreprise n'est vraiment concernée par les aspects qualitatifs de ses produits qu'en voulant éviter les retombées négatives des activités des autorités officielles du contrôle sur ses intérêts.

  3. la distribution: Lorsque les produits finis arrivent à ce stade, si le produit est de bonne qualité il peut le rester moyennant le repect des conditions de conservation, de manipulation ou de détention par les circuits de distribution. Par contre, si le produit issu de la transformation intègre déjà un risque, les différentes conditions et paramètres au niveau de la distribution ne feraient qu'amplifier ce risque et le danger pour la santé du consommateur sera là comme une épée de Damocles. Le hasard ou la mal-chance feront qu'un consommateur ou toute une population feraient les frais du manque de professionnalisme d'un opérateur à l'amont. Le commerçant dira toujours que lui il vend le produit tel qu'il lui parvient et il aura raison. Le transformateur dira également que son produit sort conforme de chez lui et il aura raison également. Lorsque des intermédiaires sont de la partie, les choses se compliquent et la santé des consommateurs devient l'objet d'un jeu de hasard ou, plus grave encore d'une roulette russe (vous savez que le danger existe mais ne connaissez pas quand vous serez atteint).

Définir des régles claires, responsabiliser les différents niveaux de la chaîne alimentaire et s'atteler à traiter les risques alimentaires selon des priorités nationales sont les principaux remèdes pour mieux proteger la santé des consommateurs à travers leur alimentation. L'autre alternative c'est jouer quotidiennement (en tant que consommateur) à la roulette russe.


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25/08/09

Sécurité sanitaire des aliments et le Ramadan



Mois sacré dédié à la piété, au recueil et aux bonnes actions, le Ramadan est également l'occasion rêvée par une multitude de professionnels, permanents ou occasionnels, honnêtes ou mûs par l'appât du gain facile, pour réaliser de très bonnes affaires.


La qualité des denrées alimentaires importées, produites, conditionnées ou distribuées pendant ce mois peut varier de bon à très mauvais en considération de divers risques que peuvent induire la consommation de certaines denrées. Ces risques peuvent être imputés soit au produit lui même, aux conditions de son importation, sa production, sa commercialisation ou au mode de consommation.

Les importateurs de produits alimentaires s'ingénient pour trouver sur les marchés internationaux les produits les moins chers, d'origines diverses, quelques fois douteuses, pour approvisionner le marché au moins un mois à l'avance. Les délais impartis aux différentes étapes de transport maritime, de magasinage, de stockage après enlèvement de l'enceinte portuaire, de reconditionnement le cas échéant, ... font que la qualité au départ ne correspond plus à celle que paie le consommateur final. Cette situation est beaucoup plus inquiétante lorsque les produits importés connaissent des modifications ou des adultérations à l'occasion de leur commercialisation ou suite à des pratiques frauduleuses pour altérer leurs qualités.


Les produits fabriqués par les différentes entreprises nationales connaissent également un accroissement important en parallèle avec l'engouement des consommateurs pour certaines denrées en particulier. Les capacités de production étant les mêmes en général, les entreprises concernées se préparent en augmentant les cadences, en approvisionnant les stocks à l'avance et en alimentant le marché le plutôt possible. Les contraintes imposées peuvent induire un relâchement pour le respect des exigences des consommateurs en matière de la qualité des denrées ou de leur sécurité sanitaire. Certaines entreprises peuvent exploiter cette occasion pour écouler leurs stocks anciens ou, reconditionner des produits arrivés au terme de leur durée de vie.



Sur les marchés, les circuits modernes du commerce se disputent la vedette au commerce informel qui connait également, à cette occasion, une croissance exponentielle et assure la couverture des principales villes du pays. Lorsque les diverses chaînes de distribution offrent une palette très riche en denrées alimentaires importées ou nationales, les divers métiers crées juste pour le mois sacré du Ramadan apportent la touche traditionnelle et authentique en offrant les différentes spécialités dont raffolent les marocains. Néanmoins, si les conditions minimum d'hygiène, de respect de la chaîne du froid, d'étiquetage, de traçabilité peuvent se retrouver dans les circuits modernes du commerce, les circuits traditionnels et informels n'offrent aucune garantie sur ces aspects.




Les consommateurs, en fin de compte, sont laissés à eux mêmes pour choisir les risques à encourir selon leur statut social, leur revenu, leur situation géographique ou leur propension à consommer traditionnel, moderne ou les deux.



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