15/02/09

Approches globales et actions locales

Pour s'inscrire dans une approche cohérente, efficace et utile, en vue de revoir le (s) système (s) de sécurité sanitaire des aliments en cours dans un pays donné, le besoin pour des ressources appropriées (financières, humaines, scientifiques, techniques, ..), en quantité et en qualité, se fait sentir d'autant plus vite que les ressources concernées sont limitées, non disponibles ou aléatoires. En effet, la réalité de beaucoup de pays en développement, qui se trouvent dans ce genre de situation, limite leurs ambitions dans ce domaine, nonobstant leur volonté, leur vision ou leur profond désir d'aligner leurs systèmes nationaux sur les canevas en cours à l'échelle internationale.


Qu'il s'agisse des infrastructures à mettre en place, des institutions à créer, à réactiver ou à réorganiser, des mises à niveau à faire dans tous les domaines en rapport avec la sécurité sanitaire des aliments (réglementations, contrôles officiels, analyse des risques, systèmes d'alerte, renforcement des compétences, systèmes d'information, sensibilisation et communication...), les délais nécessaires peuvent se compter en années et les besoins financiers peuvent augmenter selon une tendance souvent incompatible avec les moyens du pays en développement concerné. Deux solutions se présentent alors:



  1. le pays, poussé par des contraintes, souvent multiples et celles provenant de l'extérieur ayant le plus d'impact, fait "comme si" dans un effort de test ou de simulation grandeur nature, pendant la période de disponibilité des moyens, le plus souvent dans le cadre de projets ou de financements extérieurs, avec la certitude que rien ne va changer dans les faits, mais en espérant que d'autres opportunités pour des financements futurs permettront de continuer l'exercice malgré tout. Le résultat est souvent un gâchis total pour le système (financements vs. résultats) mais plûtot un gain relatif pour les ressources humaines impliquées dans les projets, en comptabilisant le renforcement de leurs compétences comme un acquis. L' exercice pourrait toutefois déboucher sur des avancées significatives s'il est conduit selon une vision bien arrêtée et si les différentes étapes de l'exercice sont menées de façon cohérente en ciblant les vrais besoins. L'autre côté de la médaille est que les systèmes en cours arrivent très souvent à phagocyter les changements lorsqu'ils ne sont pas structurants, ou de façade, et en particulier lorsqu'ils prennent plus de temps que nécessaire pour être mis en oeuvre ou quand les équipes impliquées dès le départ sont éloignées pour une raison ou une autre.



  2. le pays, conscient des priorités qui sont les siennes (et mesurant les risques de l'inaction), engage les réformes nécessaires, au niveau le plus approprié (parlement, gouvernement) pour atteindre l'efficacité et l'effet de levier attendus, au rythme des moyens dont il dispose (moyens propres, financements extérieurs, contributions) tout en gardant le cap tracé et en accompagnant les changements induits par la concertation et le suivi nécessaires. L'exercice dans ce cas devient un choix (une nécessité) politique décliné, selon les domaines et les aspects, en projets ou programmes dont la réalisation est confiée au niveau le plus approprié concerné, qui en devient responsable et comptable. En général, le changement dans ce cas s'impose à tous, de la même façon, et pourrait créer l'effet amplificateur nécessaire lorsque la cohérence d'ensemble est respectée.

Mutualisation des moyens:

Les moyens et les ressources, en particulier pour les pays en développement, étant limités dans la majorité des cas, l'alternative consistant à mutualiser, à élargir et à harmoniser, au niveau régional notamment, le traitement de certains aspects de la sécurité sanitaire des aliments (référentiels, procédures, infrastructures spécifiques pour la collecte, le traitement et l'analyse des données, instituts de recherche et de formation dans les domaines de l'analyse des risques par exemple, systèmes d'alerte, ...) pourrait participer à mieux intégrer, à concrétiser et à rendre efficaces les politiques initiées à ce niveau.

En effet, la logique des ensembles régionaux disposant d'un certain nombre d'attributs, de potentialités et, surtout, de la volonté nécessaire pour jouer la carte de la complémentarité, et peut être, de l'intégration par étapes dans divers domaines dont celui primordial de la sécurité sanitaire des aliments, apparaît comme celle qui fournit l'élan, la stature et la consistance nécessaires aux pays qui s'y engagent, dans le cadre des échanges internationaux marqués de plus en plus par un protectionnisme rampant au gré des différentes crises que connaît le monde (crise alimentaire, crise financière, récession, versatilité des prix des matières premières). On dit souvent que la loi du plus fort est toujours la meilleure. Cela se vérifie souvent à l'échelle des échanges entre les pays, dans les divers forums et espaces de discussion et de négociation. On dit également que l'union fait la force. Cela se vérifie assez souvent lorsque les partenaires regardent tous dans la même direction.

AMERA ou Agence Maghrebine de l'Evaluation des Risques Alimentaires

Vivement alors la création, par exemple, d'une "Agence Maghrebine de l'Evaluation des Risques Alimentaires" qui serait l'équivalent (toutes proportions gardées) de l'AFSSA en France ou de l'AESA (EFSA) en Europe et qui fournirait aux pays de la région, de manière indépendante, transparente et scientifiquement justifiée, tous les avis pertinents qui répondraient à des demandes spécifiques de ces pays. Cette création pourrait être réalisée et fonctionner normalement dans la mesure où les scientifiques s'entendent entre eux lorsqu'il s'agit de leur domaine de compétence. Cela paraît être une fiction pour le moment, mais ce pourrait aussi, si les volontés sont fortes, constituer un outil appréciable pour les pays de la région dans leurs efforts solitaires de conquérir, chacun à sa manière, des parts de marché à l'international ou de mieux protéger la santé et la sécurité de leurs consommateurs.

Ce scénario est évidemment extrapolable à d'autres ensembles régionaux, en particulier en Afrique dont beaucoup de pays n'ont pas toutes les capacités suffisantes et les ressources nécessaires au niveau national. La même chose pourrait être imaginée pour un système d'alerte en commun (l'équivalent du RASFF européen) entre les pays de la même région ou de la reconnaissance mutuelle de laboratoires de référence dans un ou plusieurs domaines bien déterminés ou dans lequel le laboratoire établi dans un pays donné posséde des compétences reconnues. Les nouvelles technologies permettent de rendre les échanges et les concertations mieux suivis de part et d'autre des frontières physiques, à travers des sites web dédiés, des forums de discussion en ligne ou des bases de données partagées. Des rencontres régionales (réunions formelles, séminaires, ateliers, ...) permettront de renforcer les liens, d'échanger les expériences et de confronter les positions sur les sujets d'intérêt mutuel. dans le domaine concerné.

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