Traçabilité et intermédiaires
L'un des handicaps majeurs pour assurer la traçabilité des denrées alimentaires, en particulier dans les PVD, peut résider dans l'existence d'une multitude d'intermédiares qui agissent aussi bien à l'amont de la chaîne alimentaire, au niveau des producteurs et des unités de fabrication ou de transformation, qu'à l'échelon des circuits de distribution traditionnels ou, même modernes. Plusieurs facteurs peuvent être à l'origine de cette situation:
- Vulnérabilité des producteurs: En général, les petits producteurs sont démunis face aux diverses charges à supporter pour commercialiser de manière indépendante leur production. Leur vulnérabilité est d'autant plus grande que les produits (végétaux ou animaux) doivent être vendus dans une période très courte, eu égard à la fragilité du produit ou au besoin pressant pour avoir des liquidités. Les divers intérmédiaires saisissent justement cette opportunité et ...soulagent le producteur de son produit;
- Faiblesse des infrastructures: L'isolement, l'enclavement, la difficulté d'accès aux marchés, le manque de moyens de transport ou l'état des routes, entre autres, peuvent pousser le producteur à brader son produit à n'importe qui pourvu qu'il en tire un bénifice, même minime, et ne pas voir sa production se détériorer, en pure perte. L'intérmédiaire est là également pour prendre tous les risques à son compte et profiter de la situation;
- Type d'organisation des circuits commerciaux: Le manque de transparence et la faiblesse de l'organisation des circuits commerciaux et de leurs différentes parties prenantes peuvent constituer un terreau fertile pour l'apparition et le développement d'intérmédiaires multiples, volatiles, circonstanciels, informels et très opportunistes. L'accès aux différents métiers et activités en étant souvent à la portée de n'importe qui encourage la multiplication des intérmédiaires de toutes sortes et participe dans la non transparence des circuits;
- Faiblesse des organisations professionnelles: Les grands producteurs et les producteurs qui ont un activité intégrée s'en sortent, généralement, mieux que les autres. Par contre, les petits producteurs restent la proie facile de tous les types d'intervenants pour commercialiser leur production. Le développement de l'esprit associatif et de coopération entre les divers producteurs peut constituer un remède très efficace aux différentes contraintes que rencontrent chaque petit producteur individuellement. Les associations professionnelles efficaces arrivent toujours à mettre en place des régles de bonne conduite et assurent convenablement leur rôle d'interface avec les divers intervenants, y compris les autorités publiques;
- Absence ou faiblesse des organisation de protection des consommateurs: Tant qu'il n y a personne pour insister et militer pour que les droits des consommateurs soient reconnus, mis en oeuvre dans la réalité et aboutissent à la transparence des circuits commerciaux, tous les intérmédiaires dans tous les domaines peuvent s'en donner à coeur joie pour faire leurs affaires, aux dépens du consommateur, et disparaître sans laisser de traçe. Le domaine de la vente en vrac ou en contrebande de différents produits alimentaires, par les circuits formels comme par les circuits informels, est l'exemple type de la difficulté de suivre convenablement la traçabilité des produits. Les diverses occasions de croissance de la consommation (fêtes religieuses, vacances, ..) sont les périodes où tous les lieux d'affluence sont submergés par des commerçants occasionnels de tous âges proposant différents produits alimentaires dont certains peuvent s'avérer d'origine ou de qualité douteuses;
- Efficacité des réglementations mises en place: L'absence de réglementations appropriées et, surtout, l'inefficacité ou l'inadéquation des dispositions existantes, mal appliquées ou pas du tout, aboutit à perrenniser des situations occasionnelles et ponctuelles au départ et à leur donner l'élan nécessaire pour se développer encore davantage. En effet, à côté des activités formelles et déclarées, se développent petit à petit des activités informelles qui prennent le domaine public comme lieux privilégiés, ou dans certaines circonstances, deviennent clandestines et s'implantent dans des locaux d'habitation ou dans des lieux discrets.
- Prédominance des aspects sociaux ou de développement: Le manque de vision ou de politique adéquate peut déboucher sur des considérations simplistes qui ont tendance à privilégier chez les décideurs de soigner les symptômes au lieu de s'attaquer aux causes des problèmes. Toutes les dérives, tous les manquements au respect des réglementations ou des régles établies sont acceptés ou tolérés pour ne pas provoquer de boulversements sociaux ou déstabiliser les équilibres établis. Les petits métiers, non encadrés, deviennent un amortisseur et un dérivatif des problèmes du chômage, par exemple, ou de l'absence de perspective économique.

>>>Consulter tous les articles
>>>aller à gestion des risques alimentaires

0 commentaires:
Enregistrer un commentaire