Le système de la sécurité sanitaire des aliments dépend de son maillon faible
La sécurité sanitaire des aliments est un tout (on parle de système) que les différentes parties prenantes (autorités officielles, organisations et secteurs professionnels, institutions scientifiques et techniques, organisations des consommateurs) doivent respecter, encourager et impulser, chacun dans le domaine qui le concerne, pour que les stratégies tracées, les objectifs assignés et les cheminements planifiés ne soient, au mieux, que des constructions fictives sans lendemain et, au pire, des voeux pieux.
L'efficacité n'est vraiment au rendez vous que lorsque les politiques mises en place par les différents acteurs coincident avec la satisfaction:
i)des exigences des consommateurs en termes de disponibilité des denrées alimentaires saines, salubres, nutritives, à des prix abordables et une information véridique, complète et utile;
ii)des besoins des professionnels en termes de transparence de l'environnement économique, en particulier le volet réglementaire, et de disponibilités d'infrastructures suffisantes qui permettent de respecter plus facilement les obligations en relation avec la qualité, l'hygiène et la sécurité des denrées alimentaires importées, fabriquées, conditionnées, commercialisées ou débitées au profit des consommateurs;
iii)des attentes de la communauté toute entière (les contribuables) par la mise en oeuvre de projets, de programmes ou de plans de travail privilégiant des actions modestes mais continues, débouchant sur des améliorations réelles perceptibles par tous concernant la réduction et la maîtrise des risques alimentaires et autour desquelles une communication adéquate et active est réalisée;
Dans la réalité, cependant, il n'est pas rare de constater, dans beaucoup de pays en voie de développement le plus souvent, la présence de dispositions législatives ou réglementaires inapplicables sur le terrain ou en totale discordance avec les situations vécues par les professionnels et qui les mettent en position délictuelle en permanence (épée de Damocles). En plus, l'absence d'infrastructures et de moyens adéquats (abattoirs, marchés, entrepôts frigorifiques, transport, éléctricité, eau potable, compétences humaines par exemple) peut rendre caduque toute politique aussi volontariste soit elle en matière d'hygiène alimentaire ou de sécurité sanitaire des aliments.
Les réglementations établies par mimétisme, sans véritable ancrage dans l'environnement concerné et sans une étude approfondie et une large concertation préalable, peuvent s'avérer, après leur adoption, de simples actes formels sans réelle emprise sur la réalité ou, ce qui est plus grave encore, de lourds boulets qui peuvent freiner un ou plusieurs secteurs de toute l'économie d'un pays. Par ailleurs, l'harmonisation du dispositif réglementaire et normatif avec les référentiels reconnus à l'échelle internationale peut s'avérer très difficile à mettre en oeuvre eu égard aux contraintes multiples que connaissent les pays en développement.
Le souci de développer les exportations peut être aussi à l'origine de systèmes parallèles, l'un relativement efficace et disposant de moyens conséquents pour se conformer aux exigences des clients externes, et l'autre déficient démuni du minimum requis pour surveiller le marché intérieur.
Il en est de même pour l'utilisation, indûment, par certains professionnels d'un certain nombre d'outils ou de concepts en rapport avec la qualité et la sécurité sanitaire des denrées alimentaires, pour des raisons purement mercantiles, par effet de mode ou par mimétisme.
Enfin, la faiblesse et le manque de réaction des organisations des consommateurs et leur absence dans les divers débats qui peuvent influer sur les décisions concernant la qualité ou la sécurité sanitaire des aliments laisse le champ libre à tous les dérapages et à toutes les déviations. Lorsque ces débats existent, ils sont souvent le fait de quelques initiés (toujours les mêmes en général) mûs le plus souvent par des considérations académiques ou d'intérêts particuliers (capter les financements publics ou étrangers).
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